Photoscope Cannone da 75/27 mod.11



Canon de 75/27 mod.11 ornant le Sacrario Caduti d’Oltremare de Bari, dans les Pouilles.
(crédits photo : Giuseppe Calò)


    Seulement 5 ans après son adoption, le canon Krupp de 75mm révéla une mobilité et un secteur de tir horizontal trops faibles lors des essais en Tripolitaine. Ainsi, en 1911, après de longs tests sur les récentes pièces Schneider, Krupp et Deport, l'Esercito décida d'adopter le canon Deport de 75mm à déformation et à double flèche, bénéficiant de vastes secteurs de tir. En effet, ce canon avait une hausse 4 fois supérieure à celle du 75/27 mod.06, et une course près de 10 fois plus importante. La production du cannone da 75/27 mod.11 fut confiée à un consortium de 27 firmes italiennes, présidé par Vickers Terni et la Società Acciaierie di Terni. Le modèle Deport devait remplacer les derniers canons de 75A encore en service auprès des régiments d'artillerie de campagne en 1913. Mais quelques retards reportèrent la livraison de toutes les pièces commandées à la veille de la Grande Guerre. En 1915, le Regio Esercito comptait dans ses rangs 125 batteries de 75/27 mod.11, représentant 500 bouches de feu, assignées aux régiments d'artillerie divisionnaire et de corps d'armée, en plus des pièces disponibles aux dépots et pour l'instruction. Le canon de 75/27 mod.11 était alors supérieur aux pièces de 8 cm mod.05 et 05/08 en service dans l'armée austro-hongroise. Malgré les pertes subies, notamment lors de la retraite de Caporetto, l'Esercito alignait 820 canons de 75/27 mod.11 en septembre 1918.

    Pour palier aux grandes faiblesses de l'artillerie antiaérienne, une trentaine de batteries de 75/27 mod.11 furent destinées à la défense antiaérienne territoriale à partir de mai 1915. Le canon Deport, grâce à son tir assez tendu, à ses vastes secteurs de tir et à sa cadence tir élevée s'adapta assez bien à cette nouvelle tâche. Dès la fin de 1914, la commission pour le tir AA avait étudié une installation spécifique permettant d'atteindre une hausse de 75°-80°, grâce à un sous-affût en bois monté sur un piédestal en ciment, le tout pouvant tourner sur 360° (voir photo). D'autres installations de ce type furent adoptées durant la Grande Guerre, toujours en bois, mais transportables, affranchissant la pièce de sa base en ciment. Le canon de 75/27 mod.11 fut la bouche de feu la plus utilisée dans le rôle antiaérien durant la première guerre mondiale, avec un total de 43 batteries en service en octobre 1918.

    L'introduction du 75/27 mod.11 fut accueillie très favorablement par les artilleurs italiens. Bien que plus complexe que le canon Krupp, la pièce Deport était la plus avancée de son époque : le système de recul du tube selon deux axes permettait une hausse importante (le recul était 4 fois inférieur à celui de la pièce Krupp) et sa double flèche lui assurait une grande stabilité lors du tir. Ses qualités furent largement démontrées lors du premier conflit mondial.

Vues de profil et de dessus d'un canon de 75/27 mod.11. Profil couleur du 75/27 mod.11. Prototype du canon Deport de 75mm lors des essais de tir.
Installation anti-aérienne de fortune durant la Grande Guerre.
(crédits photo : Archivio Museo Centrale del Risorgimento, Rome)
Canon de 75/27 mod.11 sur son charrito élastique en configuration de marche.
(crédits photo : AUSSME)
Canons de 75/27 mod.11 tractés par des TL37 lors d'une parade en 1942 ou 1943. Remarquez le camouflage trois tons adopté.


    Durant l'entre-deux guerres, le canon de 75/27 mod.11 resta en service dans les régiments d'artillerie divisionnaires, aux côtés des prises de guerre austro-hongroises. De nombreuses études furent réalisées en vue d'améliorer les prestations de cette pièce et de remédier aux quelques faiblesses mises en évidence durant la guerre. Les différents projets visaient principalement à augmenter la portée à 12 Km, à améliorer l'efficacité des munitions employées et à rendre la pièce plus mobile. Les tentatives d'allonger le tube ne furent pas retenues, mais l'adoption d'un nouvel obus en 1932 permit d'augmenter la portée de 2 Km, et de doubler la puissance explosive des munitions de 75 de la Grande Guerre. Pour améliorer la mobilité, plusieurs solutions furent envisagées. La première consistait à charger les pièces sur les plates-formes de camions Lancia 1Z, mais cette configuration rendait l'ensemble très instable, à cause du centre de gravité élevé. La seconde fut l'adoption d'un chariot élastique (voir photo) placé sous l'affût, permettant de tracter la pièce avec des tracteurs Pavesi, OCI-708 CM et TL37. La dernière solution recourait à la substitution des roues en bois par d'autres en métal, équipées de pneus pleins, permettant la traction mécanique de la pièce sans recours au chariot.

    Malgré cela, lorsque l'Italie entra dans la seconde guerre mondiale, la majeure partie de ses régiments d'artillerie divisionnaire était encore hippomobile. Sur les 1300 canons de 75/27 mod.11 disponibles en 1940, seuls 268 avaient été dotés de roues métalliques avec pneus Celerflex. L'utilisation opérationnelle du chariot élastique donna lieu à de nombreux problèmes, notamment à cause du manque de stabilité lors de la traction, ce qui entraîna son abandon. Même l'adoption de roues métalliques ne donna pas de bons résultats à cause du manque de suspensions adéquates. Les vibrations provoquées lors de la marche sur terrain accidenté provoquaient un endommagement parfois irrémédiable du canon. Ainsi, le recours à des camions pour le transport sur de longues distances fut fréquent.
    En 1942, pour pallier à ces difficultés, les hommes du 12° Autoraggruppamento, opérant en ASI, décidèrent de fabriquer des autocannoni de fortune en montant des pièces de 75/27 mod.11 sur leurs TL37.


Ce 75/27 mod.11 vient de tirer, on remarque le tube en phase de recul. Canon de 75/27 mod.11 sur charriot élastique tracté par un TL37. Canon de 75/27 mod.11 en Ukraine, avec un bouclier de canon de forme trapézoïdale, plus récent.
Une autre bouche de feu avec ses roues en bois d'origine, sur le front russe. Canon de 75/27 mod.11 équipé de pneus pleins celerflex, en ASI. Autocannone da 75/27 mod.11 installé sur le châssis d'un tracteur d'artillerie TL37, en Libye, 1942.


    Durant la seconde guerre mondiale, l'AOI fut le seul théâtre d'opérations dans lequel n'intervint pas le cannone da 75/27 mod.11. En 1941, le CSIR était doté de 48 pièces, puis l'ARMIR de 72 en 1942. Certains de ces canons furent équipés de roues métalliques récupérées sur du matériel russe. En mars 1941, 148 canons de 75/27 mod.11 étaient déployés en Albanie. En octobre de la même année, 39 pièces étaient disponibles en Tripolitaine et 99 en Cyrénaïque. En décembre 1942, après la bataille d'El Alamein, il n'en restait plus que 42, et finalement plus que 10 en Tunisie, en février 1943, réparties entre le Raggruppamento Sahariano (4 pièces) et le centre d'instruction d'artillerie (6 pièces). Le 75/27 mod.11 fut aussi employé dans la défense antiaérienne du territoire italien, sur des affûts "bricolés", et dans la défense côtière.

    Après le 8 septembre 1943, les Allemands réutilisèrent le 75/27 mod.11 comme 7.5 cm FK-244(i). Ce canon fut également utilisé par les forces armées de la RSI, notamment dans certaines unités d'artillerie de position, comme la 1a Batteria du I° Gruppo Artiglieria da Posizione Costiera, déployée sur les côtes ligures. Le Gruppo Corazzato Leonessa disposait également d'une batterie de 75/27 motorisée, équipée de 4 canons modello 11 et de 8 tracteurs d'artillerie TL37.


Caractéristiques techniques :
                                                                                              Longueur de l'affût : 2,130 m
                                                                                              Poids total en batterie : 1075 Kg
                                                                                              Secteur de tir vertical : de -15° à +65°
                                                                                              Secteur de tir horizontal : 53°
                                                                                              Cadence de tir :  6-8 coups/minute
                                                                                              Vitesse initiale du projectile : 502 m/s
                                                                                              Portée : 10,2 Km
                                Pénétration à 500 m avec un obus perforant : 50 mm avec impact à 90°, 45 mm avec impact à 60°



Canon de 75/27 mod.11 du Monumento ai Caduti di Saluzzo, dans le Piémont.
(crédits photo : Giuseppe Calò)
Autre modèle, avec roues en bois, de l'Ossario del Pasubio, en Vénétie.
(crédits photo : Giuseppe Calò)


Bibliographie :
-  Le artiglierie del Regio Esercito nella Seconda Guerra Mondiale, Filippo Cappellano, Storia Militare, 1998
- Dall TL 37 all'AS43, Nicola Pignato et Filippo Cappellano, GMT, 1997
- Le forze armate della RSI 1943-45, Carlo Cucut, GMT, 2005
- I Reparti Corazzati della Repubblica Sociale Italiana 1943/1945, Paolo Crippa, Marvia Edizioni, 2006

Pour reproduire cette pièce d'artillerie :

Echelle Fabricant Référence et désignation
1/72 It Miniatures IFG Italian M1911 Deport 75mm
1/72 Bandera Miniatures MSR28 Italian Field Gun 75mm Modello M1911



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